Allez Philippines !
Copyright: Jérémie Croidieu, Daniel Rung
Coupe du monde
Publiée le 27/08/11
Au début de la compétition, ils étaient une petite dizaine, très chaleureux pour leur équipe. Les supporters philippins ont du s’organiser, ils se sont donnés le mot et mardi déjà ils remplissaient trois rangées sur les gradins pour l’emporter face aux Suisses. Jeudi, dans la tente communication/médias, une bénévole demande « Tu sais ce que c’est tout ce raffut ? »
Le raffut sur le terrain n°1 voisin, ce sont les supporters philippins. Là, on ne les compte plus et un autre bénévole demande si quelqu’un a vu un bus bleu sur le Champ de Mars.
D’où viennent-ils ? C’est un mystère. Enfin, ils doivent bien être voisins pour être si vite organisés. Oui, organisés. Car si on ne trouve toujours pas de bus (l’équipe de la Homeless World Cup a quand même mis deux bénévoles à la recherche de traces de pneus sur le sable du Champ de Mars), on a dit qu’on a vu une marmite. Les supporters philippins nourrissent même leurs joueurs. On a mis des bénévoles diplômés d’un baccalauréat scientifique sur le coup : pas de trace de salsepareille, les joueurs philippins ne sont pas dopés. En revanche, leurs supporters sont survitaminés. Sur le terrain n°1 à 14h40 ce vendredi – et sous un ciel menaçant - les Philippins affrontent le Brésil.
Ah ils n’ont jamais eu peur de personne, les Philippins, mais là, quand même, c’est le Brésil. Alors même sous la pluie, les Philippins de France viennent en famille, entre amis, ou seuls, des amis ils s’en font plein sur place. Certains ont posé des jours de congés pour venir supporter leur équipe.
Premier résultat de l’enquête, si les Philippins avaient couru un peu moins vite jeudi face à l’Ecosse (7-2), c’est que la marmite de riz a un peu pesée sur leurs estomacs avant la rencontre. Ce vendredi midi, ils ont mangé léger.

Soliven, venue avec sa fille, son gendre et ses petits enfants, nous éclaire : « la communauté est très solidaire, très organisée. Les Philippins de Paris se sont envoyés des tas de mails cette semaine, on a constitué des groupes sur Facebook pour se retrouver ici. » L’enquête progresse.
« Un autre bus arrive ! » Le match n’a pas encore commencé que, sous une pluie battante dont les supporters venus sans parapluie se moquent bien, les tribunes débordent. Les poussettes au premier rang et ceux qui n’ont pas trouvé de siège seront debout tout en haut et dans les allées.
Soliven est heureuse de pouvoir supporter son équipe nationale. « Les occasions sont rares, il y a peu de délégations philippines pour les jeux olympiques et les grandes compétitions internationales. » La Homeless WorldCup donne aux Philippins une occasion d’être fiers de leur pays.
Quand les joueurs philippins pénètrent sur le terrain, on n’entend pas le speaker saluer leurs supporters. Ils acclament plus fort leur équipe que le son retransmis dans les six énormes enceintes autour du terrain. Les Japonais ne sont pas en reste. Les Philippins les avaient soutenus hier face aux Slovènes, c’est de bon cœur qu’ils se montrent à leur tour solidaires.
Quand le Brésil ouvre le score, la tribune philippine est soudain silencieuse. Pour quelques secondes. Le match continue et le moral des troupes compte. Il est au beau fixe. Chaque action est acclamée si chaleureusement qu’on entend à peine les applaudissement brésiliens de la tribune d’en face au deuxième but. Quoi ? Ils en ont marqué un troisième ? Ah bon.
Sous « Eye Of The Tiger » (la BO de Rocky), les Philippins marquent et la tribune tremble. Ça peut supporter combien, une tribune ?
La rencontre se clôt par 9-1 pour le Brésil. Soliven prend une dernière photo de son équipe qui salue les plus fervents supporters de la compétition. « On repart un peu déçus mais on sera là pour les prochains matches, encore plus nombreux. Ah, et puis c’est le Brésil, quand même… »
Oui, les Brésiliens se sont promenés. Mais la plus belle balade, c’est celles des Philippins cette semaine.
Mathieu Sicard